Forage sous-marin en Guyane: lorsque le gouvernement Ayrault cède face au lobby pétrolier
L'éviction de Nicole Bricq du ministère de l'Ecologie, à l'occasion du remaniement ministériel, et son remplacement par Delphine Batho, en provenance du ministère de la Justice, est une très mauvaise nouvelle pour la transition écologique.
La nomination de Nicole Bricq au Commerce extérieur, qui avait suspendu les travaux de forage sous-marin de Shell, à 150 kilomètres au large de la Guyane, dans l'attente de la rénovation du code minier, apparaît bien comme le résultat d'une décision politique passant outre à la décision de la ministre de l'Ecologie, suite à un lobbying de l'industrie pétrolière.
C'est à la fois le président de l'Union française des industries pétrolières (UFIP), Jean-Louis Schilansky, la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, qui sont intervenus auprès de Matignon pour annuler la décision à caractère conservatoire de Nicole Bricq.
Au sein du gouvernement, Victorin Lurel a relayé ces interventions en soulignant les retombées financières et économiques pour la Guyane.
La défense du milieu marin n'a pas pesé lourd face au chantage du groupe pétrolier brandissant le permis d'exploitation obtenu il y a 11 ans auprès du gouvernement de L. Jospin.
La manne financière escomptée pour la Guyane auront eu raison de la volonté d'une ministre de l'Ecologie de vouloir prendre en compte la défense de la biodiversité et qui a appris au sommet de Rio qu'elle était déplacée au Commerce extérieur.
Le gouvernement PS-EELV-PRG a ainsi baissé pavillon devant le lobby pétrolier sacrifiant ainsi la préservation d'un milieu marin et la biodiversité particulièrement riches en Guyane.

Pour s'en défendre, l'ancienne secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts (EELV) a déclaré le samedi 23 juin que "les enjeux environnementaux en Guyane" seraient "réexaminés" par la nouvelle ministre de l'Ecologie, Delphine Batho. "Permettez-moi de vous dire un mot d'une polémique qui nous agite et nous préoccupe. Après la rumeur publique sur les permis de forer en Guyane, j'ai échangé directement avec le Premier ministre. Je lui ai fait part de la préoccupation des écologistes", a déclaré Cécile Duflot lors du Conseil fédéral d'EELV.
"La nouvelle ministre de l'Écologie (Delphine Batho, NDLR) m'a assuré non seulement que tous les enjeux environnementaux en Guyane seront amenés à être réexaminés, mais ils m'ont assuré que la réforme du code minier mettrait un terme définitif au recours à la fracturation hydraulique et tournerait la page de l'histoire sur les gaz de schiste", a ajouté Cécile Duflot. "Je suis fière d'appartenir à un gouvernement qui écoute la voix des écologistes. Le souci de l'écologie, c'est le souci de notre gouvernement. Et ce gouvernement ne mettra jamais les intérêts particuliers avant l'intérêt général", a-t-elle assuré.
Pourtant, ce même samedi 23 juin, le directeur délégué de Shell en Guyane confirmait que la campagne de forages allait pouvoir démarrer, certainement, "dans le courant de la semaine prochaine". De son côté, l'Union française des industries pétrolières (UFIP), par la voix de son président Jean-Louis Schilansky se disait soulagé tout en y voyant un "signe positif" pour la Guyane et la France.
Trois jour auparavant, deux arrêtés autorisaient la compagnie anglo-néerlandaise Shell à la fois, à démarrer comme prévu une campagne de forages au large des côtes Guyanaises, et à réaliser d'ici fin 2012, des études sismiques permettant de jauger réellement le potentiel du bassin de Guyane.